La salle de tribunal criminel près la cour de Béjaïa s’est avérée trop exiguë pour contenir tout le monde venu dimanche dernier assister au procès de H. F., accusé d’homicide volontaire avec préméditation et guet-apens, et de ses deux co-accusés D. C. et C. S., sur qui pèse l’inculpation de complicité de meurtre.
C’est debout, ou dans le meilleur des cas, adossés au mur du fond que beaucoup de personnes ont dû suivre le jugement entamé à 16 h 30 pour se terminer le lendemain vers 4h du matin. Le nombreux public a donc dû supporter près de 12 heures de débats à peine audibles du fait de la défectuosité de la sonorisation pour connaître enfin le verdict qu’est la réclusion criminelle à perpétuité pour le principal accusé H. F., et l’acquittement pour ses deux co-accusés D. C. et C. S., alors que le représentant du ministère public a requis la prison à vie pour les trois inculpés.
Les faits qui ont eu pour cadre l’entrée d’un grand hôtel étatique dans la place balnéaire de Melbou et qui ont coûté la vie à A.K., 22 ans, originaire de Sétif remontent à 23 h 30 de la nuit du 18 août 2007. Ils sont très difficiles à établir de manière très nette du fait de la très faible, voire l’absence totale de concordance dans les déclarations à la barre des accusés entre eux ou des témoins entre eux.
Tout ce que le public a pu retenir de l’audience est que la victime, après avoir été empêchée deux fois de suite d’accéder à l’hôtel par les agents de sécurité de l’établissement, est revenue à la charge pour la troisième fois.
Et il y a eu altercation entre elle et H. F., agent de sécurité et principal accusé. La victime, qui porte des traces de sang sur son T-shirt, est tombée dehors à quelques mètres du portail de l’hôtel. Bien qu’évacuée à l’hôpital dans une voiture particulière avant l’arrivée des agents de la Protection civile, elle a succombé à ses blessures.
Mais à son co-accusé D. C., agent de sécurité comme lui, qui déclare à la barre avoir dans sa main un couteau ouvert, H. F., principal accusé, rétorque avec force que, d’une part, il n’avait pas de couteau, et que d’autre part, il avait seulement entendu tomber la victime dehors, dans la rue, au moment où les gens qui veillaient encore en cette nuit du mois d’août au bord de la plage, avaient accouru pour le secourir. C. S., chef des agents de sécurité à l’hôtel et co-accusé, indique, pour sa part, qu’il n’a pas vu de couteau entre les mains de H. F., mais affirme bien qu’il y a eu bagarre entre la victime et l’agent de sécurité H. F., et qu’au moment de l’arrivée de la Protection civile la victime avait déjà été évacuée à l’hôpital dans une voiture particulière.
Le défilé des six témoins, à la barre n’apportera aucune lumière à l’affaire. L’un d’eux à même déclaré, contre toute attente, qu’il a vu la victime sortir de l’hôtel, marcher d’un pas soutenu avant de tomber sur le trottoir en ajoutant que bien qu’ayant des taches de sang sur ses vêtements, il ne présentait aucune blessure au corps alors que le rapport d’autopsie évoque une plaie de 18 centimètres.
C’est d’ailleurs sur le flou qui entoure le dossier et sur les contradictions contenues dans les déclarations des uns et des autres que les avocats de l’accusé principal ont axé l’essentiel de leur plaidoirie pour disculper leur mandant.
En vain. Maître Ouali Lyazid, défenseur de C. S., deuxième co-accusé, ira dans son intervention jusqu’à remettre en cause la crédibilité de l’arrêt de renvoi qui fait mention de la complicité de son client alors que ce dernier, souligne-t-il, est non seulement chef des agents de sécurité à l’hôtel, mais est aussi patriote en dehors des heures de travail, en ce sens, insiste l’avocat, que sa mission consiste surtout à sauver des vies et non à les supprimer. Après délibération, le président du tribunal prononce le verdict qui est la condamnation à perpétuité pour H. F., principal accusé, et l’acquittement pour ses deux co-accusés D. C., et C. S.
B. Mouhoub