“L’abondance de biens ne nuit pas” dit un adage populaire qui s’applique dans tous les domaines de la vie. En littérature amazighe, cela sied à merveille, puisque tout ouvrage qui voit le jour, tous genres confondus, est le bienvenu et synonyme de l’affirmation de cette langue et culture qui se cherchent depuis des lustres.
Ce paysage littéraire s’enrichit ces jours-ci avec la publication d’un recueil de poésie, sous la plume de Djamila n’Tferka, la coqueluche de l’émission “Tamedyazt wer tilas” (poésie sans frontières) animée par Mohamed Taferka sur BRTV.
C’est d’ailleurs ce dernier qui signe la quatrième ouverture du livre où on peut lire “L’outil le plus efficace auquel recourt la femme kabyle pour dire le monde et ses peines, c’est la poésie”, Djamila n’Tferka a le don de rimer le monde, celles qui peuvent le faire comme elle se voient interdites des ondes…”.
Sur 180 pages et sans traduction en français, comme on a l’habitude de voir des recueils de poésie, cette native d’Aït Omghour dans la commune de Mechtras, réserve à l’amour une part de lion pour exprimer à ceux qui veulent l’entendre que ce sentiment est un élément qui surgit en nous à chaque fois qu’on fait mine de l’oublier. Elle chante l’amour dans toutes ses facettes, y compris l’amour d’aimer. Et on ne sent ni la routine ni la répétition en parcourant ses vers. Sa poésie déborde de métaphores et d’images poétiques.
Dans “mi ydhag rruh”, elle dit “Aman lehhun di elqaa/Mi idhag seg-i/Ccwal ssellagh as yetteegidh/Taouit ihennan tema (L’eau coule sur terre/Quand le ciel en a ras-le-bol/Moi je me promène sur les nuages/Quand mon être offusque mon âme/J’entends les cris de trouble/Quand se sont envolés les moments paisibles/Plus loin dans le même poème, elle ajoute : Ur zmirent tejmiten/Lkhir-ik ad ak-terrent/Negh ahrig tjedjijin/Yal ass ma rdigh ak tent/Ad yettwalas wul ddin (Les hommages sont incapables/ d’égaler le bien que tu m’as fait/De même un champs vaste fleuri/Même si je te les offrirai/Mon cœur sera toujours redevable.
Une bonne vision de l’auteur conjuguée avec une parfaite maîtrise du kabyle du terroir, sont bien parties pour donner naissance à des expressions et des images qui accrochent le lecteur.
En plus de l’amour, Djamila Tferka aborde d’autres thèmes tels que la poésie elle-même, la condition de la femme, la maladie, la société, la misère, la vie, la paix et j’en passe… Sur le plan structurel, on y trouve une mosaïque de structures dans les poèmes.
De l’alexandrin en passant par l’octosyllabe, le quatrain jusqu’au neuvain, où dominent le AAB pour les poèmes à nombres impairs et la rime croisée pour les structures, les plus usitées dans la poésie kabyle.
Il est à noter par ailleurs cette armada de métaphores qu’on voit dès le titre de certains poèmes, à l’image de “Ajedjig n’lekdeb” (La fleur du mensonge), “Tabratt izzher” (Lettre à la chance), “Snulfu-y-id” (Invente-moi).
Le recueil a été édité à compte d’auteur, avec la contribution de la BRTV, aux éditions Le Savoir, une maison d’édition qui fait petit à petit son bonhomme de chemin.
Et si d’autres femmes désirant se lancer dans le monde de l’art ont souvent essuyé des quolibets et mauvais regards de l’entourage, Djamila, pour sa part, voit sa chance lui sourire en ayant son mari à ses côtés, en l’occurrence Salem Saâd. On ne peut que lui prédire un avenir artistique radieux. Alors Djamila ! Profite de ton signe astral.
Salem Amrane