Entièrement dédiée au chaâbi, la soirée organisée, avant-hier, devant la Maison de la culture était simple mais intense.
Le public, essentiellement masculin, jeune et discipliné a goûté là un bon moment de détente, accueillant chaque interprétation avec enthousiasme. Le seul reproche que l’on pourrait adresser aux organisateurs est d’avoir décidé de l’organiser en plein air et à une heure un peu tardive. Dans la salle aux mille places et commencée vers dix heures, elle aurait été une parfaite réussite. La place, occupée par les jeux (Toboggan, balançoire, trampoline, manège, auto électrique) et la rue par la sono, le public a été contraint de s’installer sur les trois degrés transformés pour la circonstance en gradins. Les spectateurs, souffrant donc d’un manque de confort absolu, étaient pris en sandwich entre la scène et l’aire de jeux. Quoi qu’il en soit, c’est dans ces conditions d’inconfort et d’horaires mal choisis que les trois chanteurs, en l’occurrence Amar Belarbia, Brahim Deghi et Abelkader Ferradji, ont tenté de faire oublier ces deux inconvénients majeurs en éployant tout l’artifice de leur art qui est immense. Le premier des trois artistes à s’être produit était Amar Benarbia. Il devait être 23h30 ou pas loin. Sa prestation a duré une demi-heure environ. Ce natif de Bouira, comme les deux autres d’ailleurs, qui se considère comme un amateur bien qu’il soit dans la chanson depuis les années 90, a pourtant transporté le public avec ses interprétations de chansons connues empruntées au répertoire classique, comme celle de Koulou L’Yemma et plein d’autres. Ayant porté et fait vivre le patrimoine classique au quatre coins du pays à l’occasion de tournées qui l’ont porté tour à tour à Oum El Bouaghi, Taref, Naâma, Tébessa, Mascara, Tindouf, Saïda, Bechar, cet élève de Guerrouabi et d’autres maîtres du chaâbi sortira prochainement un album. Lui succédant au micro vers minuit, Brahim Dheghi a introduit une nouvelle ambiance grâce à des reprises de chansons kabyles empruntées notamment au cheikh El Hasnaoui. Lui a débuté sa carrière plus tôt vers les années 85-86. On retiendra de ses tournées, sa participation aux deux festivals chaâbi à Alger en 2008 et 2009. Bientôt paraîtra son premier album. Ce soir-là il a bercé le public avec Intas Madies, Sani Sani, Yama Yama. S’il ira animer des soirées à Tizi-Ouzou en ce mois de Ramadhan ? «Si on m’appelle, j’irai», nous déclarait-il au moment de monter sur scène. Comme entre 2005 et 2006, en somme. Toujours accueillant et chaleureux, le public a réservé la même faveur au chanteur chaâbi Abdelkaer Ferraddji qui chante depuis 85. Sa passion pour ce courant musical le porte très jeune à faire partie d’un groupe qui disparaîtra quelques années plus tard. Il devra alors poursuivre son chemin en solitaire. Le succès vient avec le premier album sorti en 2008. Le second sort en 2011 porté toujours par le même succès. La consécration en quelque sorte arrive en 2014 avec le troisième album. Chantant en arabe et en kabyle, il a interprété lui aussi Yemma et autres tubes comme Thit (les yeux), Thavrats (lettres), faisant de l’immigration un de ses thèmes favoris. Son penchant pour les variétés l’amène à reprendre des chansons de Slimane Azem, Cheikh El Hasnaoui, Matoub… etc. Pour l’animation des soirées spéciales Ramadhan, on le trouve à Bouira et à Tizi-Ouzou où il a un public. «On essaie de satisfaire tous les goûts», nous confiait-il peu avant de monter sur scène.
Aziz Bey