Il est jeune étudiant à la faculté Mouloud Mammeri de Tizi Ouzou, Karim Haroun du village de Tighilt Mahmoud dans la commune de Souk El Tenine est épris de la poésie kabyle dès son jeune âge. «Au tout début, j’avais besoin d’exprimer d’intenses idées qui tordaient tout mon corps », dira-t-il. Questionné sur quelle idées il veut s’exprimer, le poète répondra à la manière des grands poètes : « certes j’étais alors adolescent mais je ne voulais pas exprimer des sentiments ou des aventures amoureuses mais bien plus important que ça, je voulais surtout mettre en valeur le dur combat qui mènera inévitablement à la reconnaissance de l’identité amazighe. Je traitais également des sujets tout aussi importants à savoir le fanatisme religieux, l’inculture, le dur quotidien des populations villageoises et l’injustice dont ils sont victimes ». Le poète ne s’arrêtera pas là puisqu’il continue courageusement d’écrire : « Deux ans durant, j’écrivais une poésie à l’état brute, cela ne me dérangeait pas au début, l’essentiel étant de transmettre ce que j’avais sur le cœur et la tête », confiera-t-il. A partir de 2010, Karim Haroun, l’enfant de Tighilt Mahmoud a compris que pour élargir son champ et toucher un public plus large, il se met aux choses plus sérieuses : « Avec le temps, je me suis rendu à l’évidence car la poésie a ses règles, ses normes et exige un niveau de langue plus élevé. Pour apprendre davantage et avancer, je m’imprégnais de la poésie de nos grands poètes comme Youcef Oukaci, Ait Menguellet, Dda Slimane Azem et Matoub Lounes. J’avoue avoir appris beaucoup de choses et enrichi mon vocabulaire ». L’auteur a composé jusqu’à présent plus de 90 poèmes. Il pense mettre ses œuvres dans un livre mais pour cela il lui faut trouver un éditeur et des moyens pour concrétiser son rêve.
Déjà une première distinction
Pour mesurer la valeur de son art, le poète participe à plusieurs fêtes dans sa région, il n’hésite jamais à monter sur scène pour déclamer quelques poèmes. Il a également participé au concours Matoub Lounes, le 25 juin 2012. « La première fois, ce n’étais pas facile, avec le trac et la participation de poètes de renom, mon passage est resté inaperçu. Cela ne m’a pas découragé car je n’étais pas à la recherche de distinction, l’essentiel pour moi était d’écrire et de participer à la promotion de ma langue, de la pérenniser et d’enrichir la bibliothèque d’expression kabyle. Mais il me fallait également relever le défi pour prouver à moi-même d’abord que ce que je fais est important et montrer aux jeunes talents que réussir c’est possible. Dernièrement à l’occasion de Yenayer 2014, j’ai obtenu le premier prix Taarqubt dans le village de Sidi Ali Moussa malgré la présence de poètes qui ont déjà fait leurs preuves dans ce domaine et qui sont très connus dans la région, ça vous donne forcément des ailes lorsque votre travail est enfin récompensé ». Pour terminer le poète appellera : « Pour nous permettre d’atteindre un meilleur niveau, nous appelons les responsables du secteur de la culture à nous inviter à participer aux différents concours et festivals qu’ils organisent, cela nous donnera l’occasion de côtoyer les grands poètes du pays et de profiter de leurs expériences. Nous appelons aussi tous les Kabyles à voir les choses qui nous unissent plutôt que celles qui nous divisent et tout cela pour le bien de notre mère patrie et de notre culture plusieurs fois millénaires et enfin un grand coup de chapeau à la Dépêche de Kabylie pour le grand travail de proximité que ce journal accomplit ».
Hocine T